La ville où le feu ne s'arrête jamais...

Publié le par Carotte

Vanarasi (Bénarès)

 

25 septembre - 3 octobre 2011

 

 

Ville sacrée, ville de mort, ville qui vibre sous les pas de milliers de pèlerins et de presque autant de touristes, ville d'histoire, de feu et d'eau. Feu qui brûle sans discontinuer depuis des milliers d'années pour incinérer les hindous souhaitant échapper au cycle infernal des réincarnations ; eau du Gange qui « purifie » (les guillemets expriment ma circonspection quant aux pouvoirs purificateurs d'une eau si sale, mais ceci est une autre histoire) les pèlerins qui effectuent des rituels complexes pour eux aussi atteindre plus vite le nirvana. Vaste programme donc.

Pour une des premières fois, je décide de poser mes valises quelques vrais jours dans cette ville, où il n'y a finalement guère de choses à faire, mais où l'on peut errer des heures et des jours en se perdant toujours autant. J'avais à l'époque l'espoir de me reposer, de prendre du temps pour écrire, trier mes photos, faire des grasses matinées, lire, fare niente, profiter de la ville... J'y croyais !

Profiter de la ville, je le ferai en effet, parcourant le chowk, la vieille ville en tentant de retrouver mon chemin dans ces ruelles minuscules et tortueuses. On a parfois l'impression d'être Asterix perdu dans la pyramide... « Je suis déjà passée par là je crois. »

Ajoutez à la complexité de la choses les vaches, parfois aussi larges que la rue et qui n'a pas la moindre envie de bouger ses grosses fesses pour te laisser passer (et quand elles ajoutent les cornes, on évite même de la pousser, on ne sait jamais), les chiens aussi, heureusement assez calmes, les bouses de vache (parfois elles aussi aussi larges que la ruelle, si, si !) les flaques, les trous, le Gange qui recouvre les ghats, nous empêchant donc d'opter pour un trajet plus direct et enfin les coupures d'électricité très fréquentes, surtout la nuit (qui tombe tôt) et l'absence absolue de lumière dans les rues sus-citées. Sportif, mais on s'y perd avec bonheur.

On débarque sur les ghats qui se découvriront petit à petit tout au long de la semaine. Nous arrivons alors que le Gange a atteint son point le plus haut de l'année (souvenez vous de l'arrivée sous une pluie diluvienne). Les ghats sont entièrement recouverts, on aperçoit des toits de temples au milieu de l'eau, des portes à moitié inondées. Une petite impression de monde englouti. Mais c'est en fait normal, chaque année pendant la mousson, le Gange monte ainsi. (bon à savoir si vous avez prévu d'aller en vacances à Bénarès et admirer les ghats, ces fameux escaliers qui bordent le Gange : en septembre, y'en a pas.)

Et à partir d'octobre, ça redescend... étonnamment vite. En une semaine, le niveau est déjà descendu de 5 mètres, on voit enfin les escaliers apparaître, certains temples sortir de l'eau, le tout recouvert d'une épaisse couche de boue que les habitant s'activent à nettoyer dès qu'il s'avère que le niveau ne fera plus que descendre. On nous dit qu'il faut environ un mois pour tout nettoyer. Scène absolument hilarante de jeunes moinillons se faisant glisser la boue et la lançant plus bas dans le fleuve. Et qui au passage, en profitent pour se faire des bains de boue et de se recouvrir d'argile. Pas certaine qu'elle ait des effets médicaux efficaces mais bon, c'est de la boue sacrée, n'allez surtout pas dire qu'elle est sale, ça pourrait être mal vu.

Varanasi, ce sont donc ces « ghats », ces fameux escaliers sur lesquels une vie entière se passe : ablutions, purifications, lessive, douche, rasage de cheveux, vente de tout et n'importe quoi, offrandes, papotages, les sadhus fument leur shilom pendant que des enfants essaient de vous vendre des bougies à mettre dans le fleuve, les femmes lavent leurs saris, on y mendie pas mal aussi, certains y font leur vaisselle, les barbiers se baladent avec leurs lames pour vous offrir un rasage de la tête (pas très rassurant). Un des ghats est carrément dévolu au marché. Il y a aussi le Manikarnika Ghat, celui des crémations, envahi par la fumée. Pour les hindous, mourir à Bénarès est l'occasion de sortir du cycle des réincarnations (le but ultime, la délivrance). Dans les rues, on croise ainsi moults convois funèbres, un brancard portant le mort recouvert de linceuls oranges porté par les hommes de la famille qui se faufilent en chantant. Et ils vont plutôt vite ! Les femmes sont bizarrement absentes de ces cérémonies.

 

Et quant à moi dans la ville... j'erre, je flâne, je parcours en long, large et travers les petites rues, le marché comme d'habitude très organisé : dans une rue se regroupent tous les marchands de bracelets, celle d'à côté est dévolue est offrandes, encore après ce sont les sculpteurs, les marchands de yaourt ou encore de soie. Pas terrible pour la concurrence, mais pratique pour s'y retrouver et comparer rapidement. Vous vous doutez que j'ai eu une passion particulière pour la rue des bracelets, ces « bangles » que les indiennes portent par dizaines à leurs poignets. Ca brille, doré, rouge, muticolores, faux strass, les milliers de bracelets sont rangés méthodiquement pour nous montrer toute leur diversité... très graphique, coloré, kitschissime mais j'adore. Et je suis même passée à la mode locale avec chaines de chevilles et bracelets en métal qui font gling gling à chaque pas.

 

Et je mange aussi. Pas mal, Vanarasi est la ville la moins chère pour tout ce qui est nourriture depuis le début. On crée nos petites habitudes : thali ou dosa le midi au petit indien du coin, les meilleurs lassis (avec des petites pistaches ou rondelles de banane sur le dessus, le détail qui change tout) au blue lassi shop, une chocolate-banana-ball au Mona lisa café... des chais partout dans la ville, des croquettes de légumes à une petite marchande ambulante. Pas d'alcool ici, ville sacrée oblige (la gestion de l'alcool en Inde n'est pas toujours très compréhensible mais bon), mais on arrive à négocier quand même en chuchotant une bière servie... dans une théière et des tasses... "special tea"... Après, sur les toits des guest house, une vie parallèle existe où tout est possible du coup, si l'on a réussi à passer outre la prohibition et se procurer une bouteille de kingfisher !

 

Je me lance aussi dans les cours de danse indienne : le khatak. On apprend le « tinta », un des premiers rythmes, en 16 temps. Tapés de pieds, déplacements et mouvements de bras. C'est très chouette, très codifié, les mouvements racontent des histoires, comme celle de Krishna cassant la pot de yaourt de Radha « mai dahi bechan jat vrindavan... ». En trois cours, on commence à avoir presque tout l'enchainement : that (présentation), salami, amed, thukra, kavitta (l'histoire de Krishna), feetwork. C'est moins compliqué que ça en a l'air... Pas sure que je m'en souvienne en rentrant en France pour vous en faire une démonstration mais c'est très chouette.

 

Et puis pour ceux qui s'inquiètent de me savoir seule dans un pays lointain, sachez qu'il est en réalité difficile de rester seule. A peine arrivée à la gare, je rencontre Cécilia, alias Zezi, une argentine et Sam, un anglais qui cherchent à rejoindre le centre, je leur propose de se joindre à moi dans le rickshaw qui m'emmène à ma guest house. Là, on retrouve par hasard Estrella, une espagnole et son frère Jail que connaissait déjà Sam. Les garçons partent au bout de deux jours pour d'autres aventures et on se retrouve les trois filles à du coup s'installer ensemble pour économiser des sous et parcourir la ville à trois, c'est quand même plus sympa !

 

Enfin, pour conclure, Varanasi, la ville où le feu ne s'arrête jamais de brûler... Feu de la vie, de la mort, de l'envie, de l'amour... Qui pulse de 4000 ans d'histoire. Cliché mais véridique.

 

Publié dans Sur la route... Inde

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Flo 08/10/2011 21:33



De loin le plus beau texte de ton récit de voyage, ça doit être l'éclat du feu qui t'as inspiré.


Bises.


PS: je sais plus si je l'avais fait ou pas, mais merci pour la jolie carte ;-)


PPS: Je plussoie la proposition de démonstration de danse indienne, et au passage je confirme l'importance des postures des mains et des doigts qui ont des significations religieuses fortes (au
moins dans les représentation de Bouddha et des boddhisatva).



Carotte 09/10/2011 13:13



Merci ! :)


De rien !


J'ai déjà tout oublié au bout d'une semaine, donc vraiment pas de garantie de démo à la rentrée ;)



babeth 08/10/2011 09:01



A ton retour, j'aimerais beaucoup que tu nous fasses une petite chorégraphie en sari petite souris !


Etonnamment tu n'as pas parlé des mains. J'avais eu une leçon au lycée (oui je sais c'était pas hier) mais ce qui m'avait marquée c'était justement toutes les significations que la danseuse (une
vraie, de là bas) attribuait aux mouvements des doigts et des regards aussi.
J'avais adoré, la preuve : je m'en souviens encore.


En écrivant ce dernier mot, je te dis encore, encore et gros bisous.


PS j'ai reçu votre carte. Elle arrive presqu'en même temps que Mathieu §



Carotte 09/10/2011 13:16



En fait, elle ne nous a guère parlé des mains et de leur signification. Mais c'était vraiment 3 cours rapide. Si j'arrive à en refaire, je vous tiens au courant ! Mais il faut savoir qu'il y a à
peu près autant de types de danses que de régions... donc ça en fait beaucoup !!! Et elle sont très différentes les unes des autres.


La suite au prochain épisode ! (et sans démo, si ma mémoire ne va pas mieux par contre !)



The King Of The Thousands 06/10/2011 15:39



Ouaouh, on n'a pas des nouvelles tous les jours, mais quand on en a, ça vaut le voyage :-)


Merci et Bisous !!!!!!



Carotte 06/10/2011 15:41



Oui, c'est vrai que j'aurais ptête pu couper tout ça en petits bouts... :)