Spiti Valley... version longue !

Publié le par Carotte

 

Pour commencer, il faut préciser qu'ici, nous ne sommes pas tout à fait en Inde. Certes, sur un plan administratif, cette vallée appartient à l'Himachal Pradesh, un état indien. Mais en fait, passé le col du Kunzum La, on est au Tibet. Ici, point de « Namasté » ce sera « Julay » et on parle spitien, un dérivé du tibétain. Les villages sont faits de petites maisons blanches au toit plat surmonté de bottes de foin et réhaussé d'un double liseré rouge et noir. Caractéristique commune de ces villages : la présence quasi systématique d'un monastère (on est au Tibet, je vous l'ai dit ! Donc bouddhisme). La route serpente le long de la vallée, toujours aussi inquiétante par endroits. Encore quelques petites heures de route et nous arrivons à Kaza, chef-lieu du coin, à « seulement » 3600m d'altitude.

Kaza, son marché, ses guest-houses, son monastère, ses petites rues en pente avec chiens, vaches et biquettes. L'ambiance est très calme et agréable : beaucoup de touristes notamment israéliens qui passent l'essentiel de leur temps à fumer des joints à la german bakery, mais aussi des personnes en quête de spiritualité qui se reposent quelques jours avant de partir à l'assaut des différents monastères de la vallée. Des trekkeurs aussi en attente de leur permis pour le Kinnaur. Attente, repos, acclimatation. Les spitiens sont adorables. On est presque étonnés de pouvoir rentrer dans les boutiques et farfouiller sans aucune sollicitation autre qu'un chaleureux « jullay » à l'entrée. Dans tous les restaurants, momos et tenthuks au menu et photo du dalaï-lama avec le patron. Il faut dire que Daramsalah n'est qu'à une vingtaine d'heures de bus d'ici (et puis, quelque chose me dit que le dalaï-lama ne se déplace probablement pas en bus local...)

On débarque là sans trop de plan, donc on part se renseigner dans différentes agences : on aimerait marcher un peu pour rejoindre les différents monastères et villages de la vallée. On nous conseille un trek « very easy » en 3 jours pour rejoindre le monastère de Dhankar, plus bas dans la vallée. Sauf que le bus pour Komic, point de départ du mini trek ne roule que les mardis et jeudis. Nous sommes dimanche. Qu'à cela ne tienne, nous allons profiter du lundi pour aller visiter le monastère de Key, déjà évoqué précédemment. Bus à 17h. En attendant, errance dans Kaza, balade le long de la rivière, chai, chai, chai... On en aura rarement ingéré autant de litres... Mais il est excellent, plein d'épices, au lait, très sucré. On s'habitue doucement à l'altitude, même si on sent bien que notre respiration a déjà connu des jours meilleurs et que notre coeur s'emballe étonnamment vite dès qu'on tente un minime effort physique.

Le soir, départ pour Key. Arrivée au monastère, perché sur son promontoire, très photogénique. On sent qu'ils ont l'habitude des touristes, présentation de la salle de prière, admiration depuis la vue du toit. Ils ont le chic pour planter leurs monastères dans des endroits plutôt sympathiques ! Plus près des dieux ? Nous sommes ici à 4100m, mais entourés d'imposantes montagnes, on se sent quand même minuscule...

On apprend que le filleul de Jeanine est en fait le « head lama » du monastère, la réincarnation du grand traducteur qui aurait fondé ce monastère avant l'an 1000. La classe non ? Sauf qu'en fait, il n'est pas là, il est parti le matin même pour Kinnaur. Nous n'aurons donc pas l'honneur de le rencontrer.

On ne peut malheureusement pas dormir dans le monastère, mais la guest house qui en dépend juste en dessous s'avère très confortable. Et puis, nous sommes invités le lendemain matin à assister à la puja (prière) matinale.

Réveil à l'aube, au milieu de ces montagnes toujours aussi superbes et impressionnantes. On admire le jour qui se lève doucement sans profiter d'un véritable lever de soleil... les montagnes sont trop hautes !

Puis puja... encore une fois, harmonies des voix, vibrations, clochettes. Mais il n'y a que 8 moines qui y participent, les autres trainaillent dehors. Le chef n'est pas là, les moinillons dansent ? On ne reste pas jusqu'à la fin, de peur de rater le bus, mais on en déjà eu plein les oreilles... Le bus semblant être plus tardif que prévu, on se dit alors qu'on a bien le temps de descendre au village de Key, en contrebas. 10 minutes de marche nous promet-on.

Mais bon :

  1. On se perd.

  2. Le bus passe plus tôt que prévu

  3. On le regarde ainsi passer, 50m plus bas, en se demandant comment on va bien pouvoir faire pour récupérer la route...

On a donc 12km à pieds jusqu'à Kaza... heureusement en pente douce sur route facile. Et comme ça, ça nous fera entraînement pour le trek et on aura bien le temps de profiter du paysage... Aux 2/3 de la route, une jeep nous propose de nous raccompagner. Oh, ben finalement, si c'est comme ça... en voiture Simone ! Ce ne sera qu'une des premières manifestations de la gentillesse désintéressée des spitiens.

Puis, c'est enfin le décollage pour Komic. Je ne vous refais pas le topo sur la route, vous avez compris le principe : précipice, falaises, cailloux, sable, vent. Ca fait peur mais c'est beau. On grimpe ainsi la « colline » (oui, ici, jusqu'à 5000m, tout est petite colline) et arrivons à Komic, 4583m. Ouch. C'est beau. 13 maisons, 83 habitants, 1 monastère, 7 moines. Il est trop tard pour attaquer la première étape du trek, donc repos chez l'habitant, comme à la maison. Thali, chai, dodo.

Enfin, tentative de. Je passe probablement une des pires nuits de ma vie. J'ai le coeur à 10 000, du mal à respirer. Je tente de temporiser en me disant que le mal d'altitude tue rarement à 4500m, je délire complètement, passe la nuit à écouter Mathieu respirer, prête à le secouer si je ne l'entends plus... Bon, OK, je frôle la paranoïa. Et je finis malgré tout par m'écrouler lamentablement de fatigue.

Et il vaut mieux car le lendemain, c'est un gros morceau qui nous attend. Les étapes prévues sont assez petites, donc enchainons-en deux ! Notre hôte tente de nous expliquer le chemin pour Demul, premier village à atteindre. Ca commence plutôt bien, on franchit des jolis cols. Là-haut, c'est un peu plus vert qu'en bas, l'eau s'accroche un peu. Au bout de deux heures de marche, par contre, on se plante et on récupère la grande route... La montagne ne doit pas être immense, le village doit être juste après ce tournant. Failed. La montagne est très grande. Le village était en fait juste après le col qu'on voyait sur notre gauche... Après deux bonnes heures, on finit quand même par récupérer un raccourci... Et on finit par arriver à Demul, franchement épuisés... On trouve (difficilement) refuge dans un homestay qui nous offre un thé. Et on récupère quelques petites forces pour enchaîner sur la deuxième étape : 3h jusqu'à Lalung. Mais c'est de la descente. Très belle. Violente ! On descend le long d'un canyon... 1000m de dénivelé quasi vertical. On pense à un groupe qu'on vient de croiser à Demul qui l'a fait en montée. Respect et compassion.

En bas, petite pause le long de la rivière. On se fait aborder par une jeune tibétaine qui nous embarque quasi de force pour un thé chez elle. Difficultés de communication anglo-tibétaine, mais rires et chaleur.

Et on attaque enfin la dernière heure de marche du jour, revigorés (ou presque). Lalung est encore un très joli petit village traditionnel. Des enfants partout ! On erre dans le village tentant de trouver un homestay avec tout le monde qui t'envoie dans des directions différentes. Ici, on ne dit jamais non, donc quand on ne sait pas (ou ne comprend pas), on te montre quand même quelque chose... On finit par trouver. Accueil adorable et en anglais. La fille, petite peste avant l'heure, fait des mimiques et caprices mais quand elle sourit en mangeant son radis blanc cru, elle en devient adorable. Les parents font tout à deux, et chose suffisamment rare pour être notée, c'est monsieur qui cuisine (en grande partie) !

On s'apprête à manger encore une fois du thali, mais non ! Ce soir, c'est momos ! Préparés sous nos yeux, je ne perds pas une miette de la recette (bientôt sur vos écrans en avant-première). Et ils sont fort goutus !

 

Dernier jour : marche jusqu'à Dhankar, autre monastère perché à quelques heures de marche. Encore une fois, on rate le raccourci... Ce n'est décidément pas notre fort. Mais on arrive dans les temps pour admirer ce minuscule nid d'aigle millénaire dans lequel vivent encore 3 moines. Les autres se sont transférés dans le « new monastery » à quelques centaines de mètres, mais beaucoup moins stylé ! Je vous l'ai dit, je les soupçonne de ne choisir l'endroit d'installation de leurs monastères que sur des raisons de photogénie et d'esthétisme ! Là, c'est particulièrement réussi.

 

On espère ne pas rater encore une fois le bus donc on redescend assez vite vers la route. Sauf qu'on marche beaucoup plus vite que prévu et que le resto escompté en bas n'existe pas. Bon, 3h à attendre le bus... on est au bord de la rivière, à l'ombre, il y a pire comme situation. Et puis, au bout d'une demi-heure, un pick-up s'arrête.

  • Kaza ?

  • Kaza !

  • Come on.

Allez, c'est reparti... 20 km de route. Mais attention, pas direct. Une ptite pause pour changer la roue d'un copain, une autre pour récupérer un chargement de bois... A chaque fois, on communique par des sourires et des rires, l'anglais n'étant toujours pas leur fort, et le tibétain encore moins le nôtre.

Dernière soirée à Kaza, fourbus mais contents. On se reprépare psychologiquement aux 10 heures de bus chaotique pour rentrer à Manali, qui s'avéreront, à l'avant du bus, beaucoup moins difficiles à supporter qu'à l'arrière !

Pendant le trajet, un groupe de jeunes se met à chanter. C'est frais et agréable. Le bus est bondé sur les premiers kilomètres et je me retrouve avec une vieille tibétaine sur les genoux qui part aux champs avec sa faucille... Rien que le trajet est encore une aventure à lui seul. On est bloqués une première fois par une voiture coincée dans la rivière, une autre par un camion embourbé. Le col du Rohtang est en travaux et sous la pluie. Mais j'apprendrai plus tard qu'on a en fait été très chanceux. Ce col est réputé pour ses embouteillages monstres. En juillet, des touristes sont restés bloqués plus de 24 heures... Finalement, on s'en sort bien ! Et on arrive à Manali, encore épuisés, et on passe la soirée avec Jelle (prononcer Yalla ! C'est pas fabuleux comme nom ?) et Petra, respectivement belge et tchèque avec qui on va rattraper notre retard de consommation de bière pour clôturer une semaine intense et hors du monde... Retour à la civilisation ?

Publié dans Sur la route... Inde

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babeth 16/09/2011 00:52



@Zette, non ce n'est pas Christine mais maman momal qui l'a écrit ...



Zette 15/09/2011 19:11



Alors, le momo avec un Momal, j'y ai pensé mais je me suis dit que ça devait rester en famille comme jeu de mot, donc, merci Christine de l'avoir fait !


Sinon, non, c'était pas long ! J'ai fini l'article un peu essouflée quand même !


On imagine les images, encore que la réalité doit être bien plus belle. Y a plus qu'à attendre fessebouc...



babeth 15/09/2011 18:30



Elle demande si tu lui a mis un oreiller sur la tête car il respire très fort ou alors l'air de l'inde lui a débouché les sinus ?


 



Carotte 15/09/2011 18:37



Visblement, lui-même est surpris ! Il respire un peu fort, mais rien de gênant et on est très loin du ronflement... L'air pollué de l'Inde aurait-il des vertus cachées ?



babeth 15/09/2011 12:42



Ca fait quoi de manger des momos avec un momal ?


Ceci dit le mal des montagnes, tu peux déjà le chopper à 3000. Dans ces cas là, tu redescends un palier en dessous et un peu d'aspirine mais ça j'en suis moins certaine, demande à Emilie.


Un grand merci pour tes récits que je n'ai pas le temps ce midi d'approfondir mais qui font du bien au milieu de l'horreur de cette rentrée ... Evite les toutes petites sections à 27, c'est un
cauchemar !


Quand tu dis que tu entends Mat respirer tu es gentille ... Marine ne veut plus dormir avec !


 


Bisooooous !



Carotte 15/09/2011 18:11



Je tiens à préciser une chose à Marine : contre toute attente, Mathieu ne ronfle pas !!!



Nonoe from KIN 15/09/2011 10:44



J'espère que tu as repris du poil de la bête ou plutôt du globule dans le sang depuis ta nuit oppressante. Je compatis à fond étant multiplement anémiée, je suis essoufflée même en bord de
mer, doc m'a même carrément interdit de saigner ! Je sais pas où quand comment tu peux en trouver mais un peu de fer devrait pas te faire pas de mal . Kisses from Paris



Carotte 15/09/2011 18:05



J'ai du tardiferon dans mes bagages... Maintenant, j'ai plus qu'à le prendre (c'est un problème récurrent chez moi...)


Merci de ton commentaire et bon courage pour ta liste de hoses à faire ! Bisous !